Le pharmacien, un incontournable en première ligne

Auteur : Claude Gagnon, président de l'Ordre des pharmaciens du Québec

 

L’accès aux soins de première ligne est sans contredit un enjeu majeur de notre système de santé. Chaque Québécois devrait pouvoir bénéficier d’un service rapide pour les soins de base ce qui, dans certains cas, permettrait d’éviter d’avoir recours à des soins de 2e ou de 3e ligne par la suite.

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, le Dr Yves Bolduc, a constitué une table de concertation sur l’accès aux médecins de famille et aux services de première ligne. Il s’agit là d’une initiative qui permettra de proposer des solutions prometteuses à la population. Certaines actions déjà engagées – telle qu’une meilleure collaboration interprofessionnelle, ce que permet la loi 90 – auront assurément des effets positifs. Nous sommes d’avis, cependant, qu’il existe un professionnel incontournable en matière d’accès aux soins de première ligne : le pharmacien.

Quel professionnel est plus accessible que le pharmacien? Aucun. D’ailleurs, parmi tous les professionnels, le pharmacien est toujours celui qui apparaît comme le plus accessible, selon la population, dans les sondages.

Lors de la première rencontre de la Table de concertation, le 17 avril, le ministre nous a demandé de présenter des propositions d’actions, ce que nous avons fait.

S’inspirer d’exemples prometteurs

À l’heure actuelle, le pharmacien possède des compétences qui pourraient être davantage utilisées en première ligne. D’ailleurs, plusieurs autres provinces comme l’Alberta ou la Colombie-Britannique ont franchi le pas. Chez nos voisins, on donne entre autres la possibilité au pharmacien de prolonger la durée d’une ordonnance ou de l’adapter (modifier la forme, le dosage ou la posologie). Il s’agit d’actes que le pharmacien est pleinement en mesure d’accomplir, compte tenu de ses connaissances approfondies des médicaments.

Qu’est-ce que ces mesures changent pour le patient? Beaucoup de choses.

Prenez l’exemple d’un patient qui souffre de problèmes de cholestérol et qui est traité avec une statine dont le dosage doit être ajusté en fonction de tests. Dans un système plus efficient, le patient effectuerait les tests requis en fonction des directives du médecin, et les résultats seraient transmis directement au pharmacien afin que celui-ci ajuste le dosage du médicament. Le pharmacien rencontrerait le patient afin de l’interroger sur son état de santé, évaluer les résultats du traitement, considérer les autres médicaments pris par le patient, ce qui lui permettrait de détecter les interactions entre les médicaments et d’ajuster correctement le traitement. Cette forme de collaboration interprofessionnelle permettrait de soigner le patient en utilisant les compétences de chacun. Le médecin continuerait de rencontrer son patient selon ses besoins, et lorsque son expertise spécifique serait requise.

Nous pouvons également penser aux patients laissés orphelins à la suite du décès, d’une retraite ou de la cessation d’exercice d’un médecin. Dans d’autres provinces, le pharmacien est autorisé à renouveler les ordonnances (ex. : pour le diabète ou le cholestérol) pour une durée précise, jusqu’à ce que le patient ait trouvé un omnipraticien en mesure de le prendre en charge.

À l’heure actuelle, les patients diabétiques doivent obtenir une ordonnance de leur médecin afin de se faire rembourser les bandelettes de glucomètre par leurs assureurs. N’est-ce pas là une utilisation non efficiente de l’expertise des médecins? L’Ordre préconise qu’au Québec, le pharmacien ait l’autorisation de demander le remboursement de différents dispositifs médicaux (bandelettes, espaceurs pour les pompes), lorsque le problème de santé d’un patient a été confirmé par un médecin. Des dizaines de rendez-vous et des heures d’attente seraient épargnés, ce qui contribuerait à désengorger notre système de santé.

Pour une plus grande interdisciplinarité

Lorsqu’il est question d’interdisciplinarité, l’objectif est d’utiliser les compétences de chacun des professionnels de la meilleure façon qu’il soit. En matière de gestion de la thérapie médicamenteuse et des maladies chroniques, le trio médecin-pharmacien-infirmière pourrait assurément faire plus et mieux. Pour ce faire, la participation plus étroite des pharmaciens d’établissements de santé en première ligne fait partie de la solution.

L’échange d’expertises doit également être présente au sein d’une même profession. Les pharmaciens d’établissements de santé – qui ont des compétences et connaissances spécialisées en terme de thérapies associées aux problèmes de santé complexes – pourraient davantage être mis à profit auprès des pharmaciens de pratique privée. Ainsi, le suivi de la thérapie médicamenteuse complexe d’un patient atteint d’un cancer, par exemple, par un pharmacien de pratique privée, soutenue par l’expertise spécialisée du pharmacien d’établissement, pourrait éviter des consultations médicales auprès d’un omnipraticien ou à l’urgence. Ceci permettrait aux médecins de famille de se concentrer sur les cas où leur expertise particulière est requise.

Les solutions ne sont pas toujours aussi compliquées qu’on le croit. Des mesures simples portent fruits, nous en avons la preuve. Il suffit maintenant de les mettre en œuvre afin d’offrir à chaque Québécois une organisation des soins de première ligne plus efficace et davantage axée sur le patient
 

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