Annie Roberge : pour le bien-être des aînés

Considérée comme une pionnière dans les soins pharmaceutiques à domicile, Annie Roberge œuvre depuis plus de vingt ans au CLSC de la Haute-Ville, à Québec, notamment au programme de soutien à domicile où ses interventions contribuent à améliorer la qualité de vie des personnes âgées.

Pharmacienne d’établissement et détentrice d’un certificat en santé communautaire, elle s’implique au sein des programmes « Agir pour mieux dormir » et « MARCHE » (mobilisation auprès des aînés pour réduire les chutes dans l’environnement domiciliaire).

À quoi ressemblent vos journées de travail au CLSC?

Mes activités sont très variées! Elles se partagent entre des visites à domicile, des suivis téléphoniques réalisés auprès des patients ou leurs proches, des échanges avec les différents intervenants du CLSC, avec des pharmaciens communautaires, en GMF et des médecins, ainsi que des conférences et des ateliers sur le sommeil.

Quels sont les bienfaits, pour les patients, d’une visite à domicile par un ou une pharmacienne?

Cela peut faire une réelle différence dans leur vie! C’est ce que les patients et les intervenants nous témoignent. Depuis les débuts de ma pratique en CLSC, chaque visite à domicile m’a confirmé l’importance d’être présent pour les personnes âgées dans leur milieu de vie; il y a toujours plusieurs interventions à effectuer. Une des principales raisons d’être de mon travail est la prévention et la diminution des pertes d’autonomie reliées aux médicaments.

En se rendant au domicile des patients, il est possible de faire plusieurs constats. Par exemple, nous remarquons régulièrement des situations de mauvaise gestion de médicaments par la personne âgée ou son aidant. Certaines d’entre elles oublient de prendre des doses, d’autres accumulent des médicaments et font des erreurs. Mes collègues et moi avons tous vu des patients détacher toutes les cases de leur pilulier pour les mettre dans un bol et y piger ensuite… Une visite à domicile est toujours très instructive! De plus, le fait de se déplacer à domicile facilite la création du lien de confiance. Ces visites me permettent aussi de constater dans quel état physique et psychologique les patients se trouvent. La rencontre à domicile permet notamment de mieux évaluer la situation de la personne âgée en perte d’autonomie, de faire l’enseignement requis et de proposer des ajustements de la médication adaptés à ses besoins. Au final, les bénéfices sont tangibles pour les patients: ils sont plus alertes, plus autonomes, ont moins de douleurs et sont davantage aptes à participer à leurs traitements de réadaptation.

Quelle est votre relation avec les autres professionnels de la santé?

Le pharmacien en CLSC assure un rôle de soutien et de liaison : soutien aux intervenants du programme de soins à domicile sur diverses questions liées à la médication et liaison entre l’équipe du CLSC, le pharmacien et le médecin traitants. C’est un travail de collaboration qui permet de mieux évaluer les besoins des personnes âgées confinées à domicile, d’intervenir de façon plus efficace et d’assurer un meilleur suivi.

Pouvez-vous nous parler d’un moment marquant où vous avez senti que vous avez fait une réelle différence dans la vie d’un patient?

Je vous en cite un parmi tant d’autres. J’ai rencontré un patient à domicile qui avait fait plusieurs chutes et qui présentait une faiblesse musculaire sévère rendant ses déplacements périlleux. En analysant son dossier, j’ai découvert qu’un an auparavant, lors d’une visite à l’hôpital, on avait diagnostiqué un déficit en magnésium. Pendant deux mois, il a pris les suppléments qu’on lui avait prescrits. Ce monsieur, qui était autonome et gérait bien ses médicaments, avait décidé d’arrêter la prise de magnésium. La raison? Il ne savait pas pourquoi il le prenait. Il prenait aussi du lorazépam qu’il a accepté de sevrer. Voici un exemple d’interventions qui ont un impact majeur.

Il y a plus de vingt ans, vous avez participé à la mise en place du programme « Agir pour mieux dormir ». Pouvez-vous nous en glisser quelques mots?

L’objectif de ce programme est de prévenir et réduire la consommation de benzodiazépines chez les 55 ans et plus. Il consiste en six rencontres hebdomadaires, en petit groupe de huit personnes, que je coanime avec une infirmière. On y propose la thérapie cognitivo-comportementale pour l’insomnie et le soutien au sevrage des somnifères. Depuis 2011, nous avons intégré la pratique de la pleine conscience au programme. Les résultats sont concluants : on estime que près de 80 % des participants réussissent à se sevrer complètement. Les bénéfices sur la consommation de psychotropes et l’amélioration du sommeil se maintiennent même un an après l’intervention. Le programme a été reconnu en 2014 par Agrément Canada comme une pratique exemplaire.

Qu’est-ce qui vous allume dans la vie, autre que votre travail?

Outre la pratique de sports en plein air, pour garder l’équilibre, je pratique la pleine conscience et je fais de l’ornithologie. Observer les oiseaux me ramène au moment présent!

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